La digitalisation, plus de peur que de mal

Editorial du journal SwissMechanic - Juillet 2018

Depuis une décennie le consommateur voit son quotidien s'améliorer grâce à l'utilisation de plateformes numériques. Les tâches redondantes et qui demandaient du temps sont aujourd’hui simplifiées par ces sociétés qui investissent dans leur plateforme web ou leur application. Leur service est directement consommable via quelques clics ou un touché du doigt. Difficile, il y a quelques années d’imaginer que l'on pourrait rester chez soi pour réserver ses vacances ; plus besoin de se rendre dans une agence de voyages. Dans le même ordre d’idée, mais pour des données beaucoup plus sensibles, il est aussi possible de gérer ses finances depuis son canapé. Fini les longues files d'attente à la poste, ses bulletins de versement dans une main et dans l'autre une liasse d'argent. Ces exemples montrent que la digitalisation a déjà été largement adoptée par le consommateur. 

Ces plateformes se sont imposées sur le marché B2C (business to consumer). La transposition de ce schéma dans le monde industriel est moins facilement acceptée. En B2B (business to business), et plus particulièrement dans le paysage industriel suisse, les entreprises suivent des pratiques qui ont fonctionné jusqu’à maintenant et il est plus difficile de mettre en place de nouveaux modèles sans offrir un retour quasi immédiat sur investissement.

Les entreprises de l’industrie ont l’habitude de se démarquer de la concurrence par des innovations technologiques. Avec l’industrie 4.0, l’innovation technologique n’est plus suffisante pour réellement se démarquer. En effet, le nombre d’innovations est exponentiel. Celles qui s’accompagnent d’une innovation dans leur modèle d’affaire ou dans leur service acquièrent plus de parts de marché. Et la tendance actuelle est à la digitalisation.

La préservation du savoir-faire ainsi que de la propriété intellectuelle ont énormément de valeur dans le monde industriel. La peur de perdre la maîtrise rend la digitalisation des sociétés difficiles, sans compter que les risques techniques qu’elle représente ne réconfortent par les entreprises industrielles. 

Lors de mes différentes présentations, j’aime faire le parallèle entre le monde industriel et celui des banques. Le message est plus facilement compréhensible. A chacune de mes interventions, j’interroge l’auditoire pour savoir qui utilise des bancomats pour retirer de l’argent. Tout le monde lève la main. Ensuite, pour poursuivre la réflexion,  je demande qui retire de l’argent uniquement au guichet de sa banque. Sans grande surprise, toutes les mains se baissent. Alors, je leur fais prendre conscience que ce n’est pas parce qu’ils retirent de l’argent dans une autre banque, que cette dernière a accès à toutes leurs informations bancaires. Pourquoi ne pas nous inspirer du monde de la finance afin de digitaliser le monde industriel ? Travailler avec le digital, c’est moderniser l’industrie, sans pour autant donner accès à tout notre savoir-faire !

Le monde industriel, en particulier celui de la sous-traitance, doit s’inspirer de ces modèles de plateforme digitale qui remportent un succès indéniable dans le marché B2C. Les clients industriels ne sont pas si différents des consommateurs finaux. En fait, il font partie de la même chaîne de valeur et les exigences du client final impactent sur l’ensemble de la chaîne de production. C’est pourquoi les contraintes des particuliers ont un impact direct sur les parties prenantes en amont. 

La clé de la réussite se trouve dans la compréhension qu’en B2B, nous sommes dépendants des exigences de l’utilisateur final. Leurs exigences sont également nos priorités. Le consommateur final est habitué à une immédiateté et à des prix toujours plus bas. Pour répondre à cette demande, les processus en amont de la chaîne de production doivent aussi être plus efficients. Cela est possible par l’amélioration et la transparence du traitement des informations. Par un transfert sécurisé et digitalisé, la production s’accélère permettant la réduction du nombre d’heures nécessaire à la fabrication et par conséquent des coûts de production.

Les outils sont prêts et c’est à nous de faire confiance à la digitalisation. Osons faire le pas pour conserver une bonne position dans la course industrielle mondiale vers la sous-traitance 4.0.


Auteur : Samuel Vuadens